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Les spectacles de tango
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Le Tango, de M. et Mme Jean Richepin. 1913
 
Date 1913 Genre Comédie Pays France
 
Première de la Comédie " Le tango ", Théâtre de l'Athénée, Paris.
30 décembre 1913
 
     La comédie est co-signée par Jean Richepin ▲▲ et son épouse, l'actrice Cora Maparcerie. Costumes créés par le couturier Paul Poiret. Deux des plus célèbres comédiennes de l'époque y jouaient le rôle masculin et le rôle féminin. La première fut donnée deux jours avant la fin de l'année 1913.
    L'oeuvre, qui ne connut pas un énorme succès, narrait les difficultés d'un couple qui ne parvenait pas à consommer son mariage, jusqu'à ce qu'il se mette à danser le tango, découvrant par ce biais sa sexualité.
    Cette pièce a été traduite en espagnol en 1999, et éditée par Ed. Corregidor, à Buenos Aires. En revanche, son édition française est épuisée et difficile à trouver.
 Source : Zalko, Nardo, Paris Buenos Aires. En réalité, l'actrice s'appelle Cora (Caroline) Laparcerie, et elle est, depuis 1901, l'épouse de Jacques Richepin, le fils de Jean Richepin, et le frère de Tiarko Richepin. L'épouse de Jean Richepin est Eugénie Constant, et donc mère de Jacques Richepin.
 
Annales du Théâtre, p. 337
 
La Presse. 5 octobre 1914 Le Figaro. 14 janvier 1914
 
Présentation du spectacle
 
 
      L'actrice Eve Lavallière joue un rôle d'homme, le prince Zizi de Lusignan, et l'actrice Spinelli celui de sa cousine Marie-Thérèse, avec laquelle " il " est marié.
      On les voir danser le tango sous le regard du couple Richepin, qui joue dans la pièce, ou lire Daphnis et Chloé, puis le Misanthrope.
 
Revue Demain. Article de 1915
 
 
Journal L'Homme Libre. N° 241,
du 31 décembre 1913, p.2.
Article de Charles Müller.
 
 THEATRE QE L'ATHENEE. — Le Tango, pièce en quatre actes, de M. et Mme Jean Richepin.

Il m'en coûte d'avoir à le dire, mais la pièce représentée hier à l'Athénée rappelle douloureusement ces salons dans lesquels de braves gens, parvenus à la richesse après avoir débuté gueux, étalent, sous forme de dorures sardanapalesques, l'opulence qu'ambitionna jadis, tout en la méprisant, leur pauvreté. M. Jean Richepin ne s'est pas complu à entasser dans sa besace de chemineau tant des écus que des dignités. Ainsi que d'autres marchent au million, il a marché aux honneurs. Il les a atteints. Le voici membre de l'Académie française, officier de notre ordre national. Et, comme ces gens dont je parlais, qui mettent de l'or partout dans leurs appartements, il a mis, lui, des titres partout dans sa nouvelle pièce. Je n'ai pas compté, sur le programme du Tango, moins de trois princesses, dont une douairière, deux duchesses, deux marquises, deux baronnes, une comtesse et une vicomtesse, avec un nombre correspondant de gentilshommes avantageusement titrés.

Si le faubourg Saint-Germain n'illumine pas, c'est un petit ingrat.

M. Jean Richepin et sa co-signataire n'ont pas borné là leur désir de plaire. Ils se sont ingéniés à offrir exactement à leur noble clientèle tous les plats de choix dont elle fait ses délices. Vous n'ignorez pas quels ils sont. Il y a le morceau patriotique que débite « un brillant officier de chasseurs d'Afrique », décoré à vingt-six ans pour faits de guerre. Il y a le ragoût traditionnaliste, assaisonné par un digne précepteur de l'ancien répertoire en antagonisme avec un Yankee nouveau jeu.
Il y a la salade sentimentale où la petite fleur bleue des jardins à la française se panache du piment des grands bars et des roses rouges de l'Islam. Il y a surtout, et à chaque instant, le régal de ces five-o'clock-tea-tango-conférences dont raffolent les belles dames à la mode d'aujourd'hui. Enfin, pour condiments, il y a la danse du tatou-cabassou - où le danseur imite un animal qui déterre les cadavres, et sa partenaire, le cadavre exhumé ; il y a des flonflons de tziganes, des mélopées arabes, des robes de chez Poiret et des tentures de chez Martine.

Quant à la pièce elle-même, j'hésite à en parler, tant les bribes d'action qui s'y rencontrent et les miettes de caractère qui s'y effritent forment un déconcertant mélange.

Au premier acte, le petit prince Zizi de Lusignan, marié à dix-neuf ans — mariage blanc — avec sa cousine Marie-Thérèse, apparaît sous les espèces minuscules de Mlle Lavallière et raconte, fait admirable de la part d'un tel pygmée, qu'il a, nouveau prince Rodolphe, terrassé dans un caveau des Halles un escarpe de sept pieds de haut. Puis il esquisse un pas de tango et invite toutes les personnes présentes, son vieux précepteur-nourrice Gotteaux, sa grand'mère et un simili-Forain du nom de Morgate à venir chasser la panthère en Kabylie.

Au deuxième acte, le même petit jeune homme raconte ses chasses à la panthère ; il assiste à une fète arabe à l'issue de laquelle, on ne sait pourquoi, un Kabyle égorge sa fiancée ; il exprime, d'accord avec Marie-Thérèse, sa femme-vierge, une véhémente horreur des férocités de l'amour, danse un tango et va dîner.

Au troisième acte, il devient subitement jaloux du professeur de tango de Marie-Thérèse. Le précepteur-nounou et la grand’mère [xxx] se réjouissent de cette jalousie, indice d'un acheminement vers la « consommation » du mariage.

(C'est inouï ce qu'il y a d'aïeules entremetteuses, dans les récentes pièces de théâtre !) Un cousin chasseur d'Afrique vient reprocher au petit prince d'observer à l'endroit de Marie-Thérèse une continence équivoque. Le cousin reçoit une gifle et remercie, émerveillé par cet acte de virilité. Les deux jeunes époux lisent Daphnis et Chloé, puis le Misanthrope et sanglotent, assis sur la baignoire de leur cabinet de toilette municho-japonais.

Au quatrième acte, Zizi de Lusignan, de plus en plus jaloux du professeur de tango, parle d'égorger Mane.Thérèse. Puis il se ravise et danse avec elle un tango final et nuptial que bénissent longuement les bras étendus du bon vieux précepteur. Rideau en musique.

Inutile, n'est-ce pas, d'ajouter quelque commentaire que ce soit à ce bref exposé de la pièce.

Elle attirera, je n'en doute pas, les élégantes curieuses de voir comment une femme du monde peut se déguiser en zouave, en huronne ou en glace à la fraise et au café pour danser le pas du tatou-cabassou. Les toilettes de M. Poiret sont d'une originalité que rien ne semblerait pouvoir dépasser, s'il n'y avait, pour les encadrer, les décors de Mme Martine.

Mlle Lavallière, en travesti a l'apparence, la voix flûtée et canaille d'un petit chasseur de cercle. Mlle Spinelly, dont la voix n'est pas moins canaille, forme, avec un semblable partenaire, le plus étrange couple aristocratique qui se puisse imaginer. M. Harry Baur n'a pu, avec tout son grand talent, que rendre tolérable un rôle par trop conventionnel. Il en est de même pour le menu fretin des comparses, ducs, duchesses, marquis, marquises et autres ci-devant, dont la soirée d'hier a fait, une fois de plus, des victimes de la convention.
                                                    
                                                                                Charles Müller